Comment déménager au Maroc ?

Nous sommes maintenant à Mirleft depuis quelques mois et nous sommes arrivées au moment où il faut déménager au Maroc les affaires d’Alice qui sont resté en France.

Dans un premier temps nous avions pensé prendre un déménageur mais nous nous sommes aperçues que cela nous coûterait cher, louer un camion en France pour aller au Maroc est impossible, tous les loueurs contactés ont refusé de me prêter un camion pour aller au Maroc (je comprend maintenant pourquoi). Pour économiser nous finissons donc par acheter un vieux camion avec lequel nous allons faire le trajet Toulon – Mirleft.

Dimanche 3 décembre au matin nous partons pour Sète. Je conduis le camion pourri qui est au nom d’Alice et elle conduit sa voiture qui est maintenant à mon nom pour des raisons douanières.

C’est la première fois que nous faisons le trajet avec ce nouveau véhicule : le camion date de 1982, il est très bruyant (il est équipé d’une boite 4 vitesses que je soupçonne de fuir), il est tout rouillé et comme les portes arrière ne fonctionnent plus, nous avons un tendeur à l’intérieur qui les tient fermées.

Première halte à Saint Cyr à quelques kilomètres de là pour l’achat de deux nouveaux tendeurs. Je ne suis pas rassurée tant le moteur du camion est bruyant : j’ai l’impression d’être en sur régime en permanence…

Dans les premières côtes qui montent vers Marseille, je m’aperçois que je n’avance pas et je me demande si je vais vraiment pouvoir aller jusqu’à Sète, qui n’est pourtant qu’à 250 Kms?

Alice, qui me suit, reste en apnée durant les ascensions. Elle ne dit rien mais je ne la sens pas rassurée… Pour ma part, je veux absolument prendre ce bateau : mon voyage à Toulon me laisse un goût amer et je n’ai qu’une envie, m’occuper de l’hôtel! Je suis en stress car si nous tombons en panne, non seulement nous perdons le billet de bateau, mais nous devrons en plus dépenser beaucoup pour nous faire remorquer et faire réparer le véhicule. Je pense qu’il faut au minimum atteindre le port avec le camion car s’il tombe en panne arrivées au bateau nous pourrons au moins passer la frontière et ensuite nous trouverons une solution à Tanger pour finir le voyage.

Nous nous arrêtons une deuxième fois vers Fos sur Mer, ça sent le brûlé, le moteur hurle de plus en plus et on dirait que la courroie de distribution est en fin de course. Je dis à Alice que je ne suis vraiment pas persuadée que ce camion en fin de vie arrivera à Sète! Nous buvons un café le temps qu’il refroidisse, vérifions les niveaux d’eau et d’huile et continuons notre chemin via les nationales à 60 à l’heure. A cette vitesse le moteur fait moins de bruit, il y a un peu moins d’odeurs et la courroie ne grince plus. Je me sens un peu mieux mais je compte tout de même les kilomètres …

Après 6 heures de route sur nationale à vérifier l’heure, à stresser, à nous perdre parce que je ne connais pas la route, nous arrivons enfin au port de Sète. Le camion qui a tenu le coup est garé et maintenant que nous savons que nous monterons dans le bateau, nous déjeunons un sandwich au bord de l’eau et sirotons une bière pour nous détendre.

Le camion contient le déménagement d’Alice, accompagné des papiers qu’il nous faut pour justifier notre passage à la frontière sans payer les frais de douane. En effet, pour déménager au Maroc de cette façon, il faut présenter aux douanes la liste de chaque objet présent dans chaque carton. Il y a au Maroc beaucoup de choses qu’on ne trouve pas ou qui coutent plus cher qu’en France. Alors, comme tout le monde, nous avons décidé quelques jours avant notre déménagement au Maroc de frauder : en plus des cartons d’Alice, nous avons du matériel de cuisine, un arbre de noël et toutes ses décorations, et surtout trente bouteilles de vin français que nous comptons vendre au prix fort lors de notre soirée de nouvel an…

Nous savons que nous prenons un risque : si les douaniers découvrent les bouteilles, nous risquons une confiscation additionnée d’une amende. Cela dit, Alice est âgée de 63 ans et a plutôt la tête d’une femme tranquille, blonde qui plus est, ce qui dans certains cas peut être très utile…

En passant la douane française, nous faisons les imbéciles, nous rigolons beaucoup, nous faisons diversion!

Mardi 7 décembre, nous arrivons au port de Tanger vers 11 heures après une longue attente. Dans le bateau, nous apprenons que je ne peux pas entrer au Maroc avec la voiture puisque j’ai déjà passé plus de six mois cette année dans le pays avec une voiture…le stress commence…je dois voir avec les douaniers à terre pour pouvoir entrer (bakchich…).

Nous sortons du bateau, je suis dans le camion et Alice toujours dans la voiture. Comme il est plein, nous sommes séparées. Je passe dans la file camion avec les camions pleins de n’importe quoi des marocains.

Après vérification des papiers, les douaniers m’expliquent que je ne peux pas entrer dans le pays avec la voiture et que je vais devoir la laisser sous douane. Alice et moi faisons les étonnées. Ils nous précisent qu’Alice ne peut pas rester longtemps non plus. Déballage du camion.

Nous avions entré les bouteilles de vin par la porte latérale, alors pour ouvrir le camion, je me suis contorsionnée pour enlever le tendeur qui bloquait les portes à l’arrière. Un monsieur a commencé à sortir les cartons afin que les douaniers puissent les ouvrir. Un carton par terre attire l’œil de Gisèle, elle me fait signe, dedans nous savons qu’il y a des bouteilles au milieu de ses affaires.

Dans le Traffic, il y a un carton que je sais rempli de bouteilles. Afin de faire diversion une fois encore, je m’assois dans le camion de façon à ce que ma tête soit devant ce carton. Nous sommes nouées, nous savons que je vais avoir du mal à entrer sur le territoire, des cartons avec des bouteilles sont sur le sol prêts à être ouverts. Alice simule un malaise, remballage du camion, aucun carton n’a été ouvert… !

Finalement, nous nous retrouvons parmi les derniers passagers sur le parking des douanes à attendre que le douanier en chef prenne la décision de nous laisser entrer sur le territoire avec les véhicules, sans payer de bakchich.

Nous sortons du port de Tanger, sourire aux lèvres. Nos bouteilles et nos voitures sont entrées, nous sommes sauvées! Maintenant, il nous faut arriver à Mirleft…1000 Kms plus bas…

Après une pose déjeuner, nous faisons le plein et prenons la route, nous nous engageons sur l’autoroute. Je sais que nous avons plus de 12 heures de route alors je force un peu la vitesse jusqu’à 80-90 Km/h. Une trentaine de kilomètre plus loin, la boite de vitesse flanche, le camion s’arrête, je me range sur le coté. Je sais que notre voyage avec ce camion miteux s’arrête ici. La boite est morte et mes soupçons sont confirmés, je pense que c’est une boite 5 vitesses dont le levier a été changé en boite 4. La colonne de boite est cassée en deux. Nous nous faisons dépanner, le camion est posé dans un parking privé à Assilah. Le reste de l’après-midi nous le passons à chercher un camion pour finir le voyage. Le problème est que nous trouvons des camions avec chauffeurs qui nous demandent un prix exorbitant pour le trajet.



La journée a été longue et stressante, le passage en douane a duré plus de deux heures, nous sommes fatiguées. Nous allons donc dormir à l’hôtel tout en se disant que le lendemain nous  trouverons une solution…

La nuit a été rude. Alice, très fatiguée, à ronflé plus fort qu’à son habitude et cela m’a empêchée de dormir. Au petit matin, au bord de la crise, je lui ai demandé de se réveiller afin que je puisse dormir au moins deux heures avant une nouvelle journée. Elle n’a pas réussi ! Je me suis levée à 7h30 et je suis partie à Tanger chercher des solutions.

Un: emmener les affaires à Mirleft ; deux: se débarrasser du tas de ferraille qu’est le camion!

A la douane de Tanger on m’apprend que nous sommes obligées de sortir le camion du territoire, nous ne pouvons pas le mettre à la casse. Le douanier me dit qu’il faut faire un aller retour en Espagne. Ça n’arrange pas mes affaires…

Finalement, après une heure et demie de conversation, il finit par me lâcher qu’il faut aller à Ceuta (80 Kms) et passer du coté espagnol de la ville. J’ai déjà entendu parler de Ceuta mais je pensais que là aussi nous serions obligées de faire un aller-retour en Espagne par bateau : je ne pensais pas que l’Espagne avait un bout de terre sur le territoire marocain….

Information assimilée, je cherche maintenant la solution à mon 1er problème, à savoir vider le camion des affaires qui doivent descendre jusqu’à Mirleft. Bien j’aie heureusement trouvé la solution à mon 2ème souci, celui-ci passe de fait après le débarrassage du camion : il me faut trouver un contenant d’abord.

Une amie qui suit l’aventure par téléphone me conseille d’aller voir la STDM à Tanger et de faire envoyer le déménagement via cette société. Après le passage des douanes, je cherche à louer un utilitaire pour faire le trajet moi-même. Cela s’avère impossible, et pourtant j’ai fait toutes les sociétés de location européennes et marocaines! Il ne me reste plus que la STDM. Je me gare et je descends tout en bas de la ville pour trouver la société. Les gens me disent : « ce n’est pas loin, à deux rues, par là et par là »… mais au final j’étais loin … !

Là-bas, on me dit qu’il n’est pas possible d’envoyer les affaires via Tanger, on me conseille de me rendre à l’agence de Larrache (80 Kms au sud). J’étais dépitée… un monsieur au comptoir me conseille de me rendre à la gare d’arrivée des camions. Il pense que je trouverai bien quelqu’un qui partira avec le camion à vide vers le sud. J’insiste, il vient avec moi et se renseigne pour moi. Sur place, je comprends, malgré la barrière de la langue, que je vais devoir suivre le camion jusqu’à Casablanca et qu’il me déchargera à la gare ou les camions partent pour Agadir. Je vais devoir changer de camion et renégocier le trajet à Casa, Agadir et Tiznit pour enfin arriver à Mirleft. J’ai donc bien ma deuxième solution, mais la première n’est plus faisable…!

Ce n’est pas grave, je m’arrange avec le marocain qui m’aide. Il prend le numéro du camion afin qu’on puisse se joindre. Le chauffeur du camion doit chercher un deuxième chargement pour Casa avant de me confirmer le prix. Je file chercher Alice que j’ai laissée à l’hôtel et je trouve la boutique du marocain qui m’aide, grâce à son téléphone qu’il m’a gracieusement laissé pour que je le retrouve dans Tanger.

Dans la boutique, il nous sert un café et continue ses ventes. Nous attendons. Finalement, nous finissons par partir, j’ai comme l’impression que cette solution va être très galère. Nous retournons donc à la case départ, à savoir la STDM.

Dans la voiture je m’énerve car finalement je n’ai pas de solution. J’ai l’impression qu’on ne va pas s’en sortir, de cette galère !

A la STDM, j’insiste pour que l’on nous trouve une solution et finalement le commercial de la société nous informe qu’un camion qui va livrer à Assilah peut prendre nos affaires. Ca n’a pas l’air très cher, on saute sur l’occasion. Il est 12h30, nous avons enfin nos deux solutions.

Nous chargeons le camion de la STDM de nos affaires et nous nous faisons remorquer jusqu’à Ceuta. On ne sait pas trop comment ça se passe mais il faut qu’on essaie.

Nous retournons à Assilah dans le parking privé où le camion est garé. Nous dispatchons les affaires dans un camion STDM et dans la voiture et contactons un dépanneur. Ce dernier (qui n’est autre que celui qui nous avait remorqué la veille) demande un prix exorbitant pour le trajet jusqu’à Ceuta. Pour justifier son prix, il nous dit qu’il faut arriver à Ceuta avant 11h et qu’il doit se lever tôt. Comme il ne veut pas baisser son tarif, on laisse tomber. Dans une station plus loin, je demande au hasard si quelqu’un pourrait me dépanner. Un marocain travaillant dans la station me trouve un autre dépanneur. Je négocie moi-même mon prix par téléphone. Le rendez-vous est donné, nous partons à 8 heure pour Ceuta. Là-bas, on verra bien ce qui arrivera…

Nous sommes fatiguées. Cette journée, une fois de plus, a été longue et stressante. Les affaires d’Alice sont en route et nous avons un espoir de se débarrasser du camion. A 19h45 nous nous endormons, chacune dans un bungalow du camping du coin.

Jeudi 9 décembre, 7h30, nous sommes à la station ou le rendez-vous à été pris avec le dépanneur. Nous n’avons pas le temps de nous demander avec combien de temps de retard il arriverait qu’il est déjà là! Nous voilà en route pour Ceuta, le vieux camion cassé étant accroché à une land Rover que nous suivons en voiture à 60 à l’heure jusqu’à Ceuta. Nous stressons car le premier dépanneur avait laissé entendre que la douane fermait à 11h. La route est longue, nous n’avançons pas.  A 11 heure nous entrons dans Ceuta, nous savons que le dépanneur ne peut pas passer la frontière, il n’a pas de passeport ni d’autorisation. Il va falloir pousser….

Finalement, nous entrons dans le port de Ceuta et expliquons notre histoire aux douaniers: nous devons sortir ce camion qui ne fonctionne plus du territoire et nous en débarrasser. Or, celui-ci étant au nom de Alice, elle seule peut le faire passer. Si moi je sors, c’est indéfectiblement avec la voiture. Or repasser la frontière dans l’autre sens avec cette voiture maintenant pleine d’alcool serait trop périlleux. Alice part donc seul à pied du coté espagnol. Elle trouve deux policiers à qui elle demande qu’on lui envoie une dépanneuse. Chose faite, elle revient coté Maroc afin d’emmener le camion jusqu’au nouveau dépanneur.

Le premier dépanneur n’a pas l’autorisation de rapprocher le camion jusqu’au portique de la frontière, alors nous le poussons…A l’arrivée, on me demande de descendre du camion. Alice passe donc toute seule, en poussant son camion!! Au guichet des douanes, elle demande à ce qu’on enlève le camion du passeport, mais le douanier répond qu’il ne le voit pas! Alice, stupéfaite de sa réaction et au bout du rouleau, retourne au camion et le pousse avec l’énergie d’un forcené en colère jusqu’à ce qu’il passe devant le guichet, et lui lance : « Vous le voyez, là ?! Vous le voyez ? Il passe ! »

Une fois de l’autre coté, le camion, Alice et le dépanneur s’en vont. Elle a juste eu le temps de me demander les billets que j’ai dans mon portefeuille. Elle se retrouve en Espagne avec 400 Dhs. Mais au bout de 800 mètres le dépanneur s’arrête dans un garage et l’informe que ça lui coûtera 150€. Elle fait l’imbécile et sort 150 Dhs! Pas à court de moyens pour communiquer son tarif, il marque sur sa main 150€. Gisèle feint la femme qui se trouve mal, il baisse à 120€. Elle lui dit que ce n’est pas possible et qu’elle se trouve vraiment mal…Un monsieur qui passe par là vient à son aide. Il discute avec le chauffeur. Elle donne alors ce qu’elle a au dépanneur. Il la ramène à la frontière qu’elle passe à pied.

Il est 15 heures lorsque nous nous asseyons à une table de chez Pizza Hut. Nous avons réussi à dépasser nos problèmes après une bien longue bataille…les nerfs se relâchent, on se marre !

La fin de notre voyage a été interminable. Nous étions fatiguées mais nous voulions rentrer. Nous avons conduit l’une et l’autre toute la nuit durant. Entre Ceuta et El Jadida, il y a l’autoroute, après ce ne sont que des nationales où, la nuit, beaucoup de camion et de bus circulent, mais elles restent agréables.

Toutes les deux heures environ nous avons rencontré les flics qui, n’ayant absolument rien d’autre à faire, nous arrêtaient pour faire un brin de causette. Alors durant tout le trajet nous avons fait les clowns à tous les postes de police! Ça nous a tenues éveillées.

Sur la route, nous avons croisé une horde de chiens, dont des bébés. Gisèle en a pris un. Nous avons fini le trajet avec un nain poilu dans la voiture! Arrivées sur Agadir, nous avons rencontré un brouillard intense qui a encore ralenti notre route.

Le voyage s’est enfin terminé à 7 heures le vendredi 9 décembre.

Pour déménager au Maroc, je conseillerais de prendre des déménageurs pour ceux qui en ont les moyens ou d’acheter un camion en état et non un tas de ferrailles comme celui que j’ai choisi 😉 !

Tiré du journal de CM, Livre 1

 Dans le prochain post je vous raconterais comment déménager au Maroc d’une façon bien surprenante … mais tellement plus confortable !

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